Archive pour avril 2008

35 heures de création par semaine… c’est trop!

Mercredi 16 avril 2008

À treize heures trente, Lascar et son directeur de création partent déjeuner ensemble. Ces deux là se connaissent depuis plus de quinze ans. Leur biorythme coïncide avec les plannings serrés des campagnes de l’agence. Ils aiment bien se retrouver à table, certains jours, pour refaire le monde (le petit monde de la pub, bien sûr) en évoquant fiévreusement leurs souvenirs glorieux d’anciens combattants de la réclame. Aujourd’hui, en reposant lentement sur la table la tasse à café qu’il vient de vider, Lascar attaque :

Tu te souviens comme c’était bien avant les 35 heures…

Ouais, nous, à la création on avait plein de temps à perdre. On ne bossait peut être que 25 heures mais on dépotait d’avantage et on était plus heureux.

Je m’en souviens comme si c’était hier, glousse Lascar, vous organisiez des courses en sac poubelle dans le couloir, des compétitions de fauteuil de bureau à roulettes sur la terrasse, des concours de luges en cartons à dessin dans l’escalier, des concours de bombe à eau aux balcons… Et vous passiez un temps infini à la machine à café !

Ouais, reprend le DC, mais quelle ambiance sur le plateau de la création ! Quand on s’y mettait, on était tous sur la même longueur d’onde. Les idées fusaient de toutes parts…

Et tout s’est arrêté quand on est passé aux 35 heures !

 C’est vrai… Maintenant, on travaille en regardant la montre. On arrive à l’heure et on part à l’heure. Tous nos projets sont cadencés, chacun à son poste le temps d’exécuter sa besogne… On a oublié le sens du mot charrette qu’on partageait avec les architectes pour découvrir les joies des RTT !

Lascar soupire, les yeux plongés dans le fond de sa tasse :

C’était le bon temps comme disaient les vieux cons quand on était jeunes… tu crois que ça reviendra un jour ?

Je ne sais pas…

Tu prends un autre café ?

Non, on va être en retard à la réunion de quatorze heures !

Premier prix d’infidélité…

Mardi 8 avril 2008

Quand il veut prendre un peu de recul sur le quotidien, Lascar incline légèrement son fauteuil de bureau en arrière tout en le faisant pivoter de quinze minutes sur la droite. De là, il peut toiser fièrement le sommet d’un petit meuble de métal noir où trônent une série d’objets de formes et de matières différentes et dont le seul point commun est de posséder un socle lourd sur lequel figurent quelques mentions illisibles. Ce sont les trophées qui témoignent des actes de bravoure publicitaires de l’agence : des prix glanés au fil des ans à la barbe des concurrents qui font la fierté du patron de Lascar & Associés.

La reconnaissance est une denrée importante pour tout publicitaire qui se respecte. Elle galvanise les ressources de l’équipe, à l’assaut de nouvelles conquêtes. Elle flatte l’ego du créatif qui n’échangerait pour rien au monde cet instant de consécration. Enfin pour presque rien au monde car souvent, la reconnaissance donne envie de changer d’air…

Lascar le sait bien, lui qui dans sa jeune carrière a su se servir de ses coups d’éclats pour rebondir plus rapidement dans des agences qui lui donnaient toujours plus de responsabilités. Lui qui a su débaucher chez ses concurrents ceux dont les noms étaient mentionnés de façon récurrente dans les prix de la profession. Il sait aussi  qu’un prix obtenu pour le compte d’un client donne souvent à ce client l’envie de changer d’agence… Un peu comme si une page se tournait avec un instant de gloire, donnant envie de reformuler de nouveaux objectifs et d’écrire les tomes suivants de l’histoire de la marque avec une nouvelle agence.

Ainsi, la girafe dorée, grand prix de la création attribuée à l’agence par un jury composé de grands publicitaires, rappelle à Lascar que le team Dédée et Manu sont partis chez Strombolissimo trois mois après la remise du trophée. Ils n’y sont d’ailleurs restés que quelques semaines… Le trophée en forme de fourchette tordue est décerné par les journalistes de la presse magazine. Lascar & Associés l’a remportée avec une petite marque de salaisons : Porcinet. Quelques temps plus tard, l’agence allait l’abandonner pour signer avec l’un des leaders du secteur qui l’avait repérée lors de la remise du prix. La coupe en forme de corne d’abondance, commise par Raymond Spark, récompense tous les ans la meilleure campagne de biens de consommations grand-public. Lascar l’a obtenue l’an dernier pour le budget Ralex. Son PDG, après avoir chaleureusement complimenté les équipes de l’agence, a rompu dans la foulée son contrat avec elle. Motif invoqué : un certain besoin de renouvellement…