Imprimez-moi la maquette s’il vous plaît !
L’une des caractéristiques de l’homo-publicitarius c’est sa capacité à rester impassible devant ses clients et à piquer des crises de nerfs terribles quand il se retrouve dans son bureau. Lascar, lui, ne s’inquiète pas beaucoup quand il entend le ton monter dans les couloirs de l’agence.
- C’est pas ma faute à moi si les maquettes qui sortent de la création sont trop finalisées…
- Si on ne te les finalisait pas tu serais incapable de les vendre nos campagnes, sale porte-maquettes !
- Mais justement, elle a bien été adoptée par mon client celle-ci, puisque…
- Ouais, elle a tellement bien été adoptée que ton client veut qu’elle sorte telle-quelle, avec le montage photo qu’on a bricolé pour illustrer le concept. Et bien tu vas te la réaliser toi-même ta campagne, enfoiré, en payant les droits du top et du photographe qu’on a scanné dans Vogue ! On verra ce qui restera comme marge sur ton dossier…
Un bruit de porte qui claque met fin aux échanges entre Benjamin le chef de pub junior qui a hérité du budget des andouillettes Marcel Mongras et Prune la DA.
Le calme est revenu. Lascar peut reprendre la rédaction de son mail.
Même si les progrès de la PAO et de la retouche d’image enferment les idées, il reste toujours de bonnes raisons pour expliquer aux annonceurs qu’une campagne doit être réalisée pour s’exprimer pleinement. Pour exhiber leurs projets des campagnes, les agences ne font plus de plus de roughs, ces dessins au feutre qui illustraient le concept et qui laissaient ensuite aux DA, aux photographes, aux stylistes et autres producteurs, tout le loisir d’exprimer une idée en la réalisant. La finalisation extrême des maquettes pose toujours des problèmes aux annonceurs mal dégrossis et aux commerciaux débutants : ils n’adhèrent plus à une idée, ils s’attachent à un visuel.
Enfin avec les maquettes finalisées, au moins, vous ne risquez plus que votre annonceur vous demande d’imprimer le rough sous le prétexte sournois qu’il préfère les illustrations aux photos…
